đ§Hydratation et cerveau : une clĂ© essentielle de la rĂ©ussite scolaire et du bien-ĂȘtre
- eugenieemorine
- 3 sept.
- 7 min de lecture
Avec un enfant extraordinaire, la rentrĂ©e scolaire est toujours un moment clĂ© : nouvelle Ă©cole, nouvelle institution, nouvelle classe, nouveaux camarades, nouvel enseignant, nouvelles routines, nouveaux dĂ©fis... Si malheureusement tous les enfants n'ont pas pu avoir la chance de faire leur rentrĂ©e scolaire faute de solution adaptĂ©e, tous ont besoin dâun accompagnement attentif, de conditions favorables Ă leur bien-ĂȘtre, et de gestes simples â comme une bonne hydratation â pour soutenir leurs apprentissages et leur Ă©panouissement.
Lâhydratation, souvent considĂ©rĂ©e comme annexe, et on y porte peu d'attention. Pourtant c'est en rĂ©alitĂ© un facteur essentiel pour le bon fonctionnement du cerveau, le maintien de lâattention et la rĂ©ussite des apprentissages.
Alors, en cette rentrĂ©e, faisons un point sur cet aspect de la nutrition pourtant dĂ©terminant : lâhydratation. Plus quâun simple geste de santĂ©, boire rĂ©guliĂšrement de lâeau soutient lâattention, la mĂ©moire, lâhumeur et les apprentissages de tous les enfants â et câest encore plus crucial pour ceux qui prĂ©sentent un trouble du neurodĂ©veloppement.
đCe que dit la recherche
De nombreuses études scientifiques ont mis en évidence que :
Lâattention diminue quand lâenfant nâa pas suffisamment bu. Lâesprit a alors plus de mal Ă rester concentrĂ© sur une tĂąche, ce qui se traduit en classe par une baisse de vigilance et une distractibilitĂ© accrue. (1-2)
La mĂ©moire Ă court terme et la mĂ©moire de travail se dĂ©gradent â essentielles pour retenir des consignes ou manipuler mentalement des informations â sous lâeffet de la dĂ©shydratation. (3-4)
La flexibilitĂ© cognitive est Ă©galement impactĂ©e, câest-Ă -dire la capacitĂ© pour l'enfant d'adapter ses pensĂ©es et comportements face Ă des changements de contexte, est une composante essentielle des fonctions exĂ©cutives et du dĂ©veloppement cognitif chez lâenfant. Elle sâamĂ©liore lorsquâun apport hydrique adĂ©quat est assurĂ©. (5)
La performance visuo-motrice est elle aussi influencĂ©e par le niveau dâhydratation. Il s'agit de la capacitĂ© Ă combiner la perception visuelle et la coordination motrice, est elle aussi influencĂ©e par le niveau dâhydratation. ConcrĂštement, un enfant dĂ©shydratĂ© peut avoir plus de mal Ă recopier un texte du tableau, aligner correctement ses chiffres en mathĂ©matiques ou encore attraper un ballon en sport. Une dĂ©shydratation, mĂȘme lĂ©gĂšre, entraĂźne chez les enfants de moins bons rĂ©sultats Ă des tests de coordination Ćil-main et de rapiditĂ© visuelle.(6)
đCertaines Ă©tudes montrent que la dĂ©shydratation, frĂ©quente au cours dâune journĂ©e scolaire, sâaccompagne dâune diminution mesurable de la mĂ©moire Ă court et long terme, dâune baisse de la concentration et dâune altĂ©ration de lâhumeur. Les recherches en imagerie cĂ©rĂ©brale confirment quâun cerveau dĂ©shydratĂ© consomme ses ressources de façon moins efficace, ce qui complique la planification, lâorganisation et le raisonnement visuo-spatial.
đLa dĂ©shydratation des enfants Ă lâĂ©cole est-elle frĂ©quente ?
Oui, la dĂ©shydratation est frĂ©quente chez les enfants Ă lâĂ©cole, touchant souvent plus de la moitiĂ© des Ă©lĂšves.
Des Ă©tudes menĂ©es dans divers pays montrent que la dĂ©shydratation chez les enfants Ă lâĂ©cole est un phĂ©nomĂšne courant :
En Pologne, 53 % des enfants présentaient une hydratation insuffisante pendant la journée scolaire, et 16 % étaient sévÚrement déshydratés.
En Chine, la prévalence de la déshydratation atteignait 61,9 % chez les enfants du primaire, avec une proportion plus élevée chez les garçons.
Aux Philippines, 68 % des élÚves étaient déshydratés selon des tests urinaires.
Au Royaume-Uni, la proportion dâenfants dĂ©shydratĂ©s passait de 17 % en dĂ©but de journĂ©e Ă 40 % en fin de journĂ©e scolaire.
En Ăgypte, 59 % des enfants Ă©taient dĂ©shydratĂ©s et 17 % sĂ©vĂšrement dĂ©shydratĂ©s.
En Israël, 67,5 % des enfants présentaient une osmolalité urinaire indiquant une déshydratation modérée à sévÚre.
đ En France, les donnĂ©es chiffrĂ©es sont limitĂ©es, mais les spĂ©cialistes estiment que la situation est similaire Ă celle observĂ©e ailleurs en Europe, oĂč plus de 40 % des enfants finissent leur journĂ©e dâĂ©cole dĂ©shydratĂ©s.
đEnfants extraordinaires : ayons une vigilance accrue
Pour les enfants prĂ©sentant un trouble du spectre de lâautisme, un TDAH, des troubles « dys » ou dâautres troubles du neurodĂ©veloppement (TND), les effets de la dĂ©shydratation peuvent ĂȘtre encore plus marquĂ©s, car leurs fonctions exĂ©cutives (attention, mĂ©moire de travail, flexibilitĂ© cognitive) sont parfois dĂ©jĂ fragilisĂ©es.
Un rapport particulier Ă la soif. Certains enfants ne perçoivent pas correctement les signaux internes liĂ©s Ă la soif, ou sont tellement absorbĂ©s par une activitĂ© quâils oublient tout simplement de boire. Cela les expose Ă un risque accru de dĂ©shydratation, qui nâest remarquĂ©e quâĂ travers la fatigue ou lâirritabilitĂ©.
Des particularitĂ©s sensorielles. Beaucoup dâenfants TND ont des sensibilitĂ©s particuliĂšres au goĂ»t, Ă la texture ou Ă la tempĂ©rature des liquides. Le contact avec certains contenants (plastique, mĂ©tal, paille) peut ĂȘtre perçu comme dĂ©sagrĂ©able, entraĂźnant un refus de boire.
Un impact Ă©motionnel amplifiĂ©. La dĂ©shydratation peut accentuer la fatigabilitĂ©, les changements dâhumeur, la baisse de tolĂ©rance Ă la frustration ou encore lâhyperactivitĂ©. Ces effets, dĂ©jĂ frĂ©quents chez les enfants TND, risquent dâĂȘtre renforcĂ©s par un manque dâeau, compliquant la gestion de la classe ou des apprentissages Ă la maison.
đ Pour ces enfants, assurer une hydratation rĂ©guliĂšre nâest donc pas un simple geste de santĂ©, mais un vĂ©ritable soutien au quotidien, qui peut rĂ©duire la surcharge Ă©motionnelle, faciliter la concentration et amĂ©liorer leur confort global.
đQue se passe-t-il dans le cerveau quand on manque dâeau ?
La déshydratation agit à plusieurs niveaux :
Moins de circulation sanguine :
La dĂ©shydratation diminue le volume sanguin. RĂ©sultat : il y a moins dâoxygĂšne et de nutriments qui arrivent au cerveau. Le cerveau tourne alors au ralenti.
Le sang devient plus âconcentrĂ©â.
On parle dâosmolaritĂ© plasmatique : câest le degrĂ© de concentration du sang en sels minĂ©raux (sodium, potassiumâŠ). Quand cette concentration augmente, les neurones fonctionnent moins bien, car lâĂ©quilibre de leurs Ă©changes Ă©lectriques est perturbĂ©. Cela touche directement lâattention, la mĂ©moire et la coordination. DĂšs quâun enfant perd plus de 2 % de son poids en eau (soit environ un demi-litre pour un enfant de 25 kg), les effets deviennent significatifs.
Le cerveau sâoxyde plus vite.
En cas de manque dâeau, les cellules produisent davantage de molĂ©cules instables appelĂ©es radicaux libres. Trop nombreuses, elles crĂ©ent ce quâon appelle un stress oxydatif â une sorte de ârouille intĂ©rieureâ qui fatigue et endommage les neurones.
Une rĂ©action inflammatoire peut sâinstaller.
Le cerveau réagit aussi à la déshydratation par de petites inflammations internes, qui compliquent la communication entre différentes zones cérébrales.
đ Ces mĂ©canismes expliquent pourquoi un enfant dĂ©shydratĂ© a plus de mal Ă rester attentif, Ă mĂ©moriser et Ă sâadapter.
đAdopter des bonnes routines
đ Ă la maison
IntĂ©grer un verre dâeau dans les routines (au lever, aprĂšs lâĂ©cole, avant le coucher).
Proposer rĂ©guliĂšrement de lâeau, sans attendre que lâenfant en rĂ©clame.
Utiliser des gourdes attrayantes et adaptĂ©es Ă ses besoins sensoriels (paille, bouchon sport, bec verseurâŠ).
Proposer un minuteur sur la montre, le téléphone ou posé dans la piÚce qui rappelle à l'enfant toutes les heures, que c'est le moment de boire un petit vere d'eau.
Utiliser des supports visuels (pictogrammes « boire » dans lâemploi du temps).
Associer la prise dâeau Ă un rituel dĂ©jĂ mis en place (Ex : Ă chaque fois que l'on va aux toilettes, Ă chaque fois que l'on rentre ou sort de la piĂšce, Ă chaque fois qu'il se lave les mains....
đ Ă lâĂ©cole
Si vous ĂȘtes enseignant(e), autoriser et encourager la prĂ©sence dâune gourde sur le bureau. Toutes les heures, faire une pause "boisson".
Prévoir des rappels collectifs pour boire, surtout aprÚs la récréation ou le sport.
Sensibiliser les Ă©lĂšves aux signes de dĂ©shydratation (fatigue, baisse de concentration, maux de tĂȘte, urines foncĂ©es).
Si vous ĂȘtes parent, dialoguer avec l'enseignant de votre enfant, faites lui passer cet article ou d'autres sources documentaires, soyez Ă l'Ă©coute de ses craintes Ă gĂ©rer l'utilisation des gourdes en classes et proposez lui des solutions adaptĂ©es Ă votre enfant.
đ En thĂ©rapie
Vous ĂȘtes ergothĂ©rapeute, orthophoniste, psychologue ? En dĂ©but de sĂ©ance, offrez un verre d'eau. Cela favorisera le bon dĂ©roullement de la sĂ©ance et la progression de l'enfant. Faites en un rituel !
đ Et si mon enfant n'aime pas l'eau ?
Certains enfants refusent lâeau "parce que câest fade", ou parce quâelle est trop froide, trop tiĂšde, ou parce qu'ils n'en aiment pas le goĂ»t... Dans ces cas, on peut proposer diffĂ©rentes astuces :
Aromatisez lâeau avec des tranches de citron ou dâorange, de concombre, des feuilles de menthe, de romarin ou de basilic, quelques fruits rouges⊠Ces macĂ©rations Ă froid apportent un goĂ»t lĂ©ger et frais, sans charger en sucres.
Proposez des infusions froides aux saveurs enfantines (verveine, rooibos Ă la fraise, anis Ă©toilĂ©âŠ) non sucrĂ©es.
Jouez sur les tempĂ©ratures : certains enfants prĂ©fĂšrent lâeau glacĂ©e, dâautres la boivent mieux Ă tempĂ©rature ambiante. Variez selon leurs prĂ©fĂ©rences.
Introduisez lâeau pĂ©tillante (nature ou lĂ©gĂšrement aromatisĂ©e sans sucres ajoutĂ©s), qui peut ĂȘtre plus attrayante grĂące Ă son effet « effervescent ».
Variez les prĂ©sentations : proposer lâeau sous forme de glaçons aux fruits, ou de petits « popsicles maison » Ă base dâeau et de fruits mixĂ©s peut rendre lâhydratation ludique.
Proposez une alimentation riche en eau : Les fruits (pastĂšque, melon, fraises, oranges, raisinsâŠ), les lĂ©gumes crus ou cuits Ă la vapeur (concombre, tomate, courgette, laitueâŠ), mais aussi les soupes, bouillons, compotes, yaourts ou smoothies maison participent Ă lâhydratation quotidienne. Ces aliments, souvent composĂ©s Ă plus de 80 % dâeau, complĂštent naturellement les apports hydriques et sont gĂ©nĂ©ralement bien acceptĂ©s par les enfants.
đ Servir les boissons dans des verres ou des gourdes colorĂ©es, avec une paille en inox, ou en verre. Lâenfant peut aimer avoir âsonâ verre Ă lui, sa gourde Ă lui, que vous avez choisi ensemble. Attention cependant, de nombreux articles de vaisselle peuvent contenir des substances toxiques et des perturbateurs endocriniens. Choisissez les bien.
A votre santé !
Eugénie Emorine
Si vous avez des questions, contactez moi sur : contact@cognitiv.care
1- C. Edmonds et al. "Should children drink more water? The effects of drinking water on cognition in children." Appetite, 52 (2009): 776-779. https://doi.org/10.1016/j.appet.2009.02.010.
2 - K. D'Anci et al. "Hydration and cognitive function in children.." Nutrition reviews, 64 10 Pt 1 (2006): 457-64 . https://doi.org/10.1111/J.1753-4887.2006.TB00176.X.
3 - Wafaa Ibrahim Mohamed salah et al. "Prevalence of Dehydration in Egyptian Primary School Children and its Impact on their Cognitive performance." QJM: An International Journal of Medicine (2024). https://doi.org/10.1093/qjmed/hcae070.472.
4 - Roberts, C., Boak, K., McCullogh, N., Haskell-Ramsay, C., James, L., Green, B., Tempest, G., Buce-Martin, C., & Rumbold, P. (2024). Hydration, mood, and cognition in primary aged school children in the United Kingdom. Proceedings of the Nutrition Society, 83. https://doi.org/10.1017/s002966512400716x.
5 - L. Uddin et al. "Cognitive and behavioural flexibility: neural mechanisms and clinical considerations." Nature Reviews. Neuroscience, 22 (2021): 167 - 179. https://doi.org/10.1038/s41583-021-00428-w.
6 - Wafaa Ibrahim Mohamed salah et al. "Prevalence of Dehydration in Egyptian Primary School Children and its Impact on their Cognitive performance." QJM: An International Journal of Medicine (2024). https://doi.org/10.1093/qjmed/hcae070.472.





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