Carnitine et autisme : un complément utile pour les enfants avec TSA ou TDAH ?
- eugenieemorine
- 10 sept.
- 5 min de lecture
De nombreux parents d’enfants autistes ou avec TDAH s’interrogent sur l’intérêt de certains compléments alimentaires. Parmi eux, la carnitine attire de plus en plus l’attention. Mais qu’est-ce que la carnitine ? Peut-elle réellement aider certains enfants ? Et dans quels cas un dosage ou une supplémentation sont pertinents ?
Faisons le point dans cet article !
Qu’est-ce que la carnitine ?
La carnitine est une petite molécule dérivée de deux acides aminés : la lysine et la méthionine. Elle est produite naturellement par l’organisme, principalement dans le foie, les reins et le cerveau. On la retrouve aussi dans certains aliments, surtout la viande rouge et les produits laitiers.
Son rôle est central : la carnitine agit comme une navette énergétique. Elle transporte les acides gras (graisses) jusque dans les mitochondries, véritables “centrales électriques” de nos cellules, où ils sont transformés en énergie. Elle soutient ainsi la production d’énergie, essentielle pour le cerveau et les muscles et contribue aussi à limiter le stress oxydatif (excès de radicaux libres qui endommagent les cellules).
👉 Grâce à ce mécanisme, la carnitine est particulièrement importante pour les organes qui consomment beaucoup d’énergie, comme les muscles et le cerveau.
Carnitine et troubles du neurodéveloppement : pourquoi s’y intéresser ?
Chez certains enfants autistes, les chercheurs ont observé que :
leur taux de carnitine dans le sang est plus bas que la normale, ce qui veut dire que leurs cellules ont moins de “carburant” disponible,
leur corps utilise la carnitine de façon moins efficace, comme si la navette qui transporte l’énergie fonctionnait au ralenti,
et parfois, leurs mitochondries (les “batteries” des cellules) produisent moins bien l’énergie.
Or, le cerveau d’un enfant en développement est un gros consommateur d’énergie. Si ce système tourne au ralenti, cela peut influencer l’attention, le comportement, ou encore la capacité à gérer les émotions.
👉 L’idée de la supplémentation en carnitine est donc d’aider les cellules à mieux produire de l’énergie, afin de soutenir le fonctionnement du cerveau et, chez certains enfants, d’améliorer certains symptômes liés à l’autisme.
⚠️ Tous les enfants ne répondent pas de la même façon : les études estiment que 10 à 20 % des personnes autistes pourraient en bénéficier, en particulier celles qui présentent un déficit ou une anomalie métabolique. Cela peut sembler peu, mais au vu des bénéfices d'une supplémentation pour les personnes concernées, il serait intéressant de vérifier systématiquement ces taux par une simple prise de sang.
Carnitine et autisme : que montrent les études ?
Plusieurs essais cliniques se sont intéressés à l’effet de la L-carnitine chez les enfants autistes. Globalement, ils montrent que ce complément pourrait améliorer certains symptômes, même si les résultats ne concernent pas tous les enfants.
Geier et al., 2011 (Medical Science Monitor) : chez 30 enfants avec autisme, la supplémentation en L-carnitine a permis une amélioration du comportement et des scores cliniques.
Fahmy et al., 2013 (Research in Autism Spectrum Disorders) : étude sur 30 enfants montrant une réduction significative des symptômes comportementaux.
Nasiri et al., 2023 (International Clinical Psychopharmacology) : en ajoutant la carnitine à un traitement de rispéridone, les chercheurs ont constaté une diminution de l’irritabilité et de l’hyperactivité.
Shakibaei et al., 2023 (Clinical Neuropharmacology) : sur 50 enfants et adolescents, l’association L-carnitine + rispéridone a entraîné une amélioration des interactions sociales, du langage et du comportement global.
👉 Ces résultats sont encourageants, mais il faut rappeler que les études restent de petite taille et que les bénéfices semblent surtout concerner les enfants ayant un déficit identifié en carnitine ou un problème mitochondrial.
Carnitine et TDAH : que sait-on aujourd’hui ?
Comparé à l’autisme, le TDAH a été beaucoup moins étudié du côté de la carnitine. Les recherches portent surtout sur l’acétyl-L-carnitine (ALC), une forme qui passe plus facilement dans le cerveau.
Ce que montrent les études
Certaines études cliniques ont observé une amélioration de l’attention et une réduction de la distraction chez des enfants avec TDAH prenant de l’ALC par rapport à un placebo.
D’autres recherches n’ont pas retrouvé de bénéfices nets, mais les auteurs soulignent que les essais étaient parfois trop courts pour mesurer un vrai effet.
Au-delà du TDAH, l’ALC semble aussi avoir un impact positif sur des symptômes associés, comme l’anxiété ou les troubles de l’humeur, souvent présents chez les enfants et adolescents concernés
La carnitine, et en particulier l’acétyl-L-carnitine, pourrait donc :
soutenir l’attention et réduire l’impulsivité chez certains enfants,
avoir un effet probable sur l’anxiété et l’humeur, qui sont des comorbidités fréquentes du TDAH.
👉 Mais il faut rester prudent : les résultats ne sont pas encore assez solides pour en faire une recommandation générale. Des études plus longues et sur un plus grand nombre d’enfants sont nécessaires. Le mieux est toujours d'individualiser le conseil !
Carnitine et inflammation : un effet protecteur confirmé
La recherche montre que la L-carnitine et l’acétyl-L-carnitine ne soutiennent pas seulement la production d’énergie : elles réduisent aussi l’inflammation systémique et la neuroinflammation, deux phénomènes souvent retrouvés dans l’autisme et le TDAH. Plusieurs méta-analyses confirment une diminution de certains marqueurs biologiques de ces inflammations comme la CRP, l’IL-6 et du TNF-α, ainsi qu’une baisse du stress oxydatif (MDA), avec en parallèle une augmentation des défenses antioxydantes naturelles (SOD, TAC) (Haghighatdoost 2019, Rastgoo 2023).
Au niveau cérébral, l’acétyl-L-carnitine a montré un effet neuroprotecteur, en réduisant la production de cytokines inflammatoires et en améliorant la plasticité synaptique et la mémoire, notamment dans des modèles animaux et certaines pathologies neurologiques (Jamali-Raeufy 2021, Kazak 2017). Ces résultats renforcent l’idée que la carnitine pourrait être utile comme complément bien toléré pour limiter l’inflammation et protéger le cerveau dans les troubles du neurodéveloppement.
Comme l’inflammation et la neuroinflammation peuvent perturber le fonctionnement du cerveau en développement, elles favorisent des difficultés de comportement, d’attention et de régulation émotionnelle. En réduisant ces phénomènes, la carnitine pourrait donc contribuer à un meilleur équilibre cérébral et, chez certains enfants, à une amélioration des interactions, de l’attention et du bien-être au quotidien.
Comment évaluer le statut en carnitine et adapter la supplémentation ?
La carnitine peut être un soutien intéressant, mais elle n’est efficace que si l’enfant en a réellement besoin. Chez certains enfants autistes ou avec TDAH, on observe un déficit ou un métabolisme moins efficace de la carnitine ; chez d’autres, tout est normal et une supplémentation n’apporterait aucun bénéfice.
Évaluer le statut en carnitine
Le test recommandé est le dosage sanguin de la carnitine totale, libre et du profil des acylcarnitines.
Cet examen peut être prescrit par un médecin généraliste et réalisé dans un laboratoire de ville (les analyses spécialisées sont ensuite envoyées si besoin).
Comme tout bilan de biologie médicale prescrit, il est remboursé par l’Assurance Maladie.
👉 Ce bilan est essentiel pour savoir si la supplémentation a du sens : sans déficit ou trouble identifié, la carnitine n’aura probablement pas d’effet notable.
Supplémentation : toutes les formes ne se valent pas
L-carnitine : la plus courante et la mieux étudiée dans l’autisme.
Acétyl-L-carnitine (ALC) : plus adaptée pour le cerveau, parfois utile dans le TDAH et les troubles de l’humeur.
Le choix de la forme, de la dose et de la qualité du complément doit toujours être individualisé, en fonction du profil de l’enfant et de ses résultats biologiques.
Un supplément globalement bien toléré
La carnitine est considérée comme sûre, avec peu d’effets secondaires : parfois de petits troubles digestifs ou une odeur corporelle plus marquée, surtout à fortes doses.
C’est ce qui en fait une option intéressante : personnalisée et encadrée par un professionnel, la supplémentation peut apporter un réel bénéfice avec un risque limité.





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