💧Hydratation et cerveau : une clé essentielle de la réussite scolaire et du bien-être
- eugenieemorine
- 3 sept. 2025
- 7 min de lecture
Avec un enfant extraordinaire, la rentrée scolaire est toujours un moment clé : nouvelle école, nouvelle institution, nouvelle classe, nouveaux camarades, nouvel enseignant, nouvelles routines, nouveaux défis... Si malheureusement tous les enfants n'ont pas pu avoir la chance de faire leur rentrée scolaire faute de solution adaptée, tous ont besoin d’un accompagnement attentif, de conditions favorables à leur bien-être, et de gestes simples – comme une bonne hydratation – pour soutenir leurs apprentissages et leur épanouissement.
L’hydratation, souvent considérée comme annexe, et on y porte peu d'attention. Pourtant c'est en réalité un facteur essentiel pour le bon fonctionnement du cerveau, le maintien de l’attention et la réussite des apprentissages.
Alors, en cette rentrée, faisons un point sur cet aspect de la nutrition pourtant déterminant : l’hydratation. Plus qu’un simple geste de santé, boire régulièrement de l’eau soutient l’attention, la mémoire, l’humeur et les apprentissages de tous les enfants – et c’est encore plus crucial pour ceux qui présentent un trouble du neurodéveloppement.
🌟Ce que dit la recherche
De nombreuses études scientifiques ont mis en évidence que :
L’attention diminue quand l’enfant n’a pas suffisamment bu. L’esprit a alors plus de mal à rester concentré sur une tâche, ce qui se traduit en classe par une baisse de vigilance et une distractibilité accrue. (1-2)
La mémoire à court terme et la mémoire de travail se dégradent – essentielles pour retenir des consignes ou manipuler mentalement des informations – sous l’effet de la déshydratation. (3-4)
La flexibilité cognitive est également impactée, c’est-à-dire la capacité pour l'enfant d'adapter ses pensées et comportements face à des changements de contexte, est une composante essentielle des fonctions exécutives et du développement cognitif chez l’enfant. Elle s’améliore lorsqu’un apport hydrique adéquat est assuré. (5)
La performance visuo-motrice est elle aussi influencée par le niveau d’hydratation. Il s'agit de la capacité à combiner la perception visuelle et la coordination motrice, est elle aussi influencée par le niveau d’hydratation. Concrètement, un enfant déshydraté peut avoir plus de mal à recopier un texte du tableau, aligner correctement ses chiffres en mathématiques ou encore attraper un ballon en sport. Une déshydratation, même légère, entraîne chez les enfants de moins bons résultats à des tests de coordination œil-main et de rapidité visuelle.(6)
👉Certaines études montrent que la déshydratation, fréquente au cours d’une journée scolaire, s’accompagne d’une diminution mesurable de la mémoire à court et long terme, d’une baisse de la concentration et d’une altération de l’humeur. Les recherches en imagerie cérébrale confirment qu’un cerveau déshydraté consomme ses ressources de façon moins efficace, ce qui complique la planification, l’organisation et le raisonnement visuo-spatial.
🌟La déshydratation des enfants à l’école est-elle fréquente ?
Oui, la déshydratation est fréquente chez les enfants à l’école, touchant souvent plus de la moitié des élèves.
Des études menées dans divers pays montrent que la déshydratation chez les enfants à l’école est un phénomène courant :
En Pologne, 53 % des enfants présentaient une hydratation insuffisante pendant la journée scolaire, et 16 % étaient sévèrement déshydratés.
En Chine, la prévalence de la déshydratation atteignait 61,9 % chez les enfants du primaire, avec une proportion plus élevée chez les garçons.
Aux Philippines, 68 % des élèves étaient déshydratés selon des tests urinaires.
Au Royaume-Uni, la proportion d’enfants déshydratés passait de 17 % en début de journée à 40 % en fin de journée scolaire.
En Égypte, 59 % des enfants étaient déshydratés et 17 % sévèrement déshydratés.
En Israël, 67,5 % des enfants présentaient une osmolalité urinaire indiquant une déshydratation modérée à sévère.
👉 En France, les données chiffrées sont limitées, mais les spécialistes estiment que la situation est similaire à celle observée ailleurs en Europe, où plus de 40 % des enfants finissent leur journée d’école déshydratés.
🌟Enfants extraordinaires : ayons une vigilance accrue
Pour les enfants présentant un trouble du spectre de l’autisme, un TDAH, des troubles « dys » ou d’autres troubles du neurodéveloppement (TND), les effets de la déshydratation peuvent être encore plus marqués, car leurs fonctions exécutives (attention, mémoire de travail, flexibilité cognitive) sont parfois déjà fragilisées.
Un rapport particulier à la soif. Certains enfants ne perçoivent pas correctement les signaux internes liés à la soif, ou sont tellement absorbés par une activité qu’ils oublient tout simplement de boire. Cela les expose à un risque accru de déshydratation, qui n’est remarquée qu’à travers la fatigue ou l’irritabilité.
Des particularités sensorielles. Beaucoup d’enfants TND ont des sensibilités particulières au goût, à la texture ou à la température des liquides. Le contact avec certains contenants (plastique, métal, paille) peut être perçu comme désagréable, entraînant un refus de boire.
Un impact émotionnel amplifié. La déshydratation peut accentuer la fatigabilité, les changements d’humeur, la baisse de tolérance à la frustration ou encore l’hyperactivité. Ces effets, déjà fréquents chez les enfants TND, risquent d’être renforcés par un manque d’eau, compliquant la gestion de la classe ou des apprentissages à la maison.
👉 Pour ces enfants, assurer une hydratation régulière n’est donc pas un simple geste de santé, mais un véritable soutien au quotidien, qui peut réduire la surcharge émotionnelle, faciliter la concentration et améliorer leur confort global.
🌟Que se passe-t-il dans le cerveau quand on manque d’eau ?
La déshydratation agit à plusieurs niveaux :
Moins de circulation sanguine :
La déshydratation diminue le volume sanguin. Résultat : il y a moins d’oxygène et de nutriments qui arrivent au cerveau. Le cerveau tourne alors au ralenti.
Le sang devient plus “concentré”.
On parle d’osmolarité plasmatique : c’est le degré de concentration du sang en sels minéraux (sodium, potassium…). Quand cette concentration augmente, les neurones fonctionnent moins bien, car l’équilibre de leurs échanges électriques est perturbé. Cela touche directement l’attention, la mémoire et la coordination. Dès qu’un enfant perd plus de 2 % de son poids en eau (soit environ un demi-litre pour un enfant de 25 kg), les effets deviennent significatifs.
Le cerveau s’oxyde plus vite.
En cas de manque d’eau, les cellules produisent davantage de molécules instables appelées radicaux libres. Trop nombreuses, elles créent ce qu’on appelle un stress oxydatif – une sorte de “rouille intérieure” qui fatigue et endommage les neurones.
Une réaction inflammatoire peut s’installer.
Le cerveau réagit aussi à la déshydratation par de petites inflammations internes, qui compliquent la communication entre différentes zones cérébrales.
👉 Ces mécanismes expliquent pourquoi un enfant déshydraté a plus de mal à rester attentif, à mémoriser et à s’adapter.
🌟Adopter des bonnes routines
👉 À la maison
Intégrer un verre d’eau dans les routines (au lever, après l’école, avant le coucher).
Proposer régulièrement de l’eau, sans attendre que l’enfant en réclame.
Utiliser des gourdes attrayantes et adaptées à ses besoins sensoriels (paille, bouchon sport, bec verseur…).
Proposer un minuteur sur la montre, le téléphone ou posé dans la pièce qui rappelle à l'enfant toutes les heures, que c'est le moment de boire un petit vere d'eau.
Utiliser des supports visuels (pictogrammes « boire » dans l’emploi du temps).
Associer la prise d’eau à un rituel déjà mis en place (Ex : à chaque fois que l'on va aux toilettes, à chaque fois que l'on rentre ou sort de la pièce, à chaque fois qu'il se lave les mains....
👉 À l’école
Si vous êtes enseignant(e), autoriser et encourager la présence d’une gourde sur le bureau. Toutes les heures, faire une pause "boisson".
Prévoir des rappels collectifs pour boire, surtout après la récréation ou le sport.
Sensibiliser les élèves aux signes de déshydratation (fatigue, baisse de concentration, maux de tête, urines foncées).
Si vous êtes parent, dialoguer avec l'enseignant de votre enfant, faites lui passer cet article ou d'autres sources documentaires, soyez à l'écoute de ses craintes à gérer l'utilisation des gourdes en classes et proposez lui des solutions adaptées à votre enfant.
👉 En thérapie
Vous êtes ergothérapeute, orthophoniste, psychologue ? En début de séance, offrez un verre d'eau. Cela favorisera le bon déroullement de la séance et la progression de l'enfant. Faites en un rituel !
👉 Et si mon enfant n'aime pas l'eau ?
Certains enfants refusent l’eau "parce que c’est fade", ou parce qu’elle est trop froide, trop tiède, ou parce qu'ils n'en aiment pas le goût... Dans ces cas, on peut proposer différentes astuces :
Aromatisez l’eau avec des tranches de citron ou d’orange, de concombre, des feuilles de menthe, de romarin ou de basilic, quelques fruits rouges… Ces macérations à froid apportent un goût léger et frais, sans charger en sucres.
Proposez des infusions froides aux saveurs enfantines (verveine, rooibos à la fraise, anis étoilé…) non sucrées.
Jouez sur les températures : certains enfants préfèrent l’eau glacée, d’autres la boivent mieux à température ambiante. Variez selon leurs préférences.
Introduisez l’eau pétillante (nature ou légèrement aromatisée sans sucres ajoutés), qui peut être plus attrayante grâce à son effet « effervescent ».
Variez les présentations : proposer l’eau sous forme de glaçons aux fruits, ou de petits « popsicles maison » à base d’eau et de fruits mixés peut rendre l’hydratation ludique.
Proposez une alimentation riche en eau : Les fruits (pastèque, melon, fraises, oranges, raisins…), les légumes crus ou cuits à la vapeur (concombre, tomate, courgette, laitue…), mais aussi les soupes, bouillons, compotes, yaourts ou smoothies maison participent à l’hydratation quotidienne. Ces aliments, souvent composés à plus de 80 % d’eau, complètent naturellement les apports hydriques et sont généralement bien acceptés par les enfants.
👉 Servir les boissons dans des verres ou des gourdes colorées, avec une paille en inox, ou en verre. L’enfant peut aimer avoir “son” verre à lui, sa gourde à lui, que vous avez choisi ensemble. Attention cependant, de nombreux articles de vaisselle peuvent contenir des substances toxiques et des perturbateurs endocriniens. Choisissez les bien.
A votre santé !
Eugénie Emorine
Si vous avez des questions, contactez moi sur : contact@cognitiv.care
1- C. Edmonds et al. "Should children drink more water? The effects of drinking water on cognition in children." Appetite, 52 (2009): 776-779. https://doi.org/10.1016/j.appet.2009.02.010.
2 - K. D'Anci et al. "Hydration and cognitive function in children.." Nutrition reviews, 64 10 Pt 1 (2006): 457-64 . https://doi.org/10.1111/J.1753-4887.2006.TB00176.X.
3 - Wafaa Ibrahim Mohamed salah et al. "Prevalence of Dehydration in Egyptian Primary School Children and its Impact on their Cognitive performance." QJM: An International Journal of Medicine (2024). https://doi.org/10.1093/qjmed/hcae070.472.
4 - Roberts, C., Boak, K., McCullogh, N., Haskell-Ramsay, C., James, L., Green, B., Tempest, G., Buce-Martin, C., & Rumbold, P. (2024). Hydration, mood, and cognition in primary aged school children in the United Kingdom. Proceedings of the Nutrition Society, 83. https://doi.org/10.1017/s002966512400716x.
5 - L. Uddin et al. "Cognitive and behavioural flexibility: neural mechanisms and clinical considerations." Nature Reviews. Neuroscience, 22 (2021): 167 - 179. https://doi.org/10.1038/s41583-021-00428-w.
6 - Wafaa Ibrahim Mohamed salah et al. "Prevalence of Dehydration in Egyptian Primary School Children and its Impact on their Cognitive performance." QJM: An International Journal of Medicine (2024). https://doi.org/10.1093/qjmed/hcae070.472.

